Transmission et travail de la dissymétrie en situation interculturelle

 

Résumé. L’auteur de ce texte évoque la transmission culturelle d’abord à travers les directions de thèses à l’université autour de l’idée de ce que les doctorants d’origine étrangère transmettent à leur directeur de thèse. Il défend l’idée d’une articulation entre décentrage et dissemblance pour développer la notion de dissymétrie permettant une transformation des représentations. Il évoque dans un deuxième temps cette même dissymétrie sur le plan clinique, entre le praticien et son patient, estimant qu’elle permet de délimiter l’espace de la parole, celui du mouvement et des affects, le cadre thérapeutique étant toujours à réinventer. L’article est traversé par l’idée de ne pas réduire l’appartenance culturelle du sujet à sa propre dimension culturelle mais de laisser toute la place à l’inquiétante étrangeté.

Article.

Avant d’entrer dans le vif de la problématique qui nous réunit aujourd’hui, je voudrais vous faire part du cheminement de ma pensée pour essayer de vous parler de mon expérience de la transmission en situation interculturelle. Je me suis d’abord fixé sur l’intitulé de cette table ronde sur « les transmissions culturelles »  avec l’idée d’aborder la transmission culturelle à travers la clinique que je mène depuis plusieurs années avec des patients de nationalités multiples dans le cadre de la polyclinique où j’exerce en milieu hospitalier  – les demandes de consultations étant souvent liées à un contexte de violence sociale, familiale ou interindividuelle dans le pays d’origine -, et vous parler dans ce champ interculturel, de transmission entre le patient et son psychothérapeute. Puis je me suis ravisé en me rapportant au titre général de ce colloque – « la transmission en psychiatrie et en psychanalyse dans les sociétés » -  et j’ai pensé au fait que si dans notre activité clinique il est bien question d’échanges, de transfert, de mouvements transférentiels et contre-transférentiels, il n’est pas véritablement question de « transmission » en tout cas si l’on pense la transmission en suivant le trajet qui va du psychothérapeute au patient. C’est même plutôt le contraire. En tout cas du point de vue du clinicien que je suis, il s’agit plutôt de rester dans le cadre de cette neutralité bienveillante que nous connaissons bien et se garder de toute volonté de transmission, à la différence de ce qui se passe dans le cadre d’un enseignement qui lui, est propre à transmettre un certain savoir et/ou un certain savoir faire c’est-à-dire les éléments d’une pratique.

J’ai alors pensé dans un second temps à ce que nous pouvions transmettre à nos étudiants, à nos doctorants, certains d’entre eux venant parfois de contrées relativement lointaines et n’ayant pas toujours baigné dans ce rationalisme que nous aimons tant en occident. Dans plusieurs directions de thèse que j’ai pu mener jusqu’à la soutenance avec des doctorants originaires de différents pays, d’Afrique en particulier ou d’origine libanaise, j’ai  souvent été amené à souligner en jury, et si ce n’est à faire valoir en tout cas reconnaître, le manque de cartésianisme de certains de ces doctorants. J’ai pris à chaque fois, néanmoins, ma part de responsabilité consciente ou inconsciente à avoir laissé passer des entorses faites à une certaine forme de scientificité comme ma manière à moi d’exprimer l’inclination que j’ai toujours eue pour les sentiers de contrebande, les détours ondoyants au sein d’institutions souvent enclines à préférer les champs plus balisés, les parcours bien tracées. Il m’a semblé que ces étudiants en thèse, étrangers ou d’origine étrangère qui n’avaient pas toujours baigné dans le rationalisme, ne manquaient pas pour autant de rigueur mais que peut-être il n’en avaient pas exactement la même conception que la nôtre et que nous devions en tenir compte. Il m’a semblé qu’ici l’enseignant-chercheur et surtout le directeur de recherche avait certes à transmettre des règles méthodologiques pour que l’étude soit mené de la meilleure façon possible et qu’elle apporte une contribution substantielle à la communauté scientifique mais qu’il pouvait aussi se laisser traverser par un style inhabituel, une présentation décalée, un rythme singulier dans la conduite de la recherche. J’ai donc eu l’idée durant ce second temps de mon cheminement, d’évoquer avec vous ce que nous transmettent nos étudiants en situations interculturelles.

J’ai pensé notamment à cette doctorante d’origine gabonaise que j’ai accepté en reprise de direction de thèse après que son premier directeur  disparaisse en retraite sans laisser d’adresse, estimant que le temps de construction de la recherche avait été trop long – elle aura mis cinq ans au total. J’ai craint pour elle, bien sûr, de voir s’effondrer toutes ses années de recherche à cause du temps démesuré qu’elle se donnait pour recueillir ses données, les analyser, les croiser, l’université risquant ne pas lui donner la prolongation nécessaire de son inscription. Elle aura finalement eu raison de résister à mon inquiétude et tout s’est passé comme si elle m’avait transmis cette capacité à résister au temps.

Je pense à ce doctorant libanais qui avait toujours vécu dans un univers où il y avait un mélange de différentes cultures. Je me souviens que la construction de cette thèse sur « la prise en charge des toxicomanes dans le contexte libanais » a été très chaotique. Michel était très attaché au référentiel psychanalytique mais il y avait un grand décalage entre le référentiel qu’il choisissait pour aborder le problème de la toxicomanie et son terrain de recherche à proprement parler : une communauté thérapeutique d’orientation purement comportementaliste – rééduquer pour faire disparaître le symptôme – à l’intérieur de laquelle sa formation en psychopathologie psychanalytique peinait à trouver sa place. La thèse qu’il a fini par présenter était une thèse engagée avec l’avantage d’aller directement au but. Elle a eu souvent l’inconvénient de ne pas pouvoir perdre de vue la surface même quand on cherche à entrer en profondeur.  Le doctorant a souvent eu du mal à articuler les concepts psychanalytiques avec la pratique mais à sa décharge, cette incursion du point de vue analytique dans un univers comportementaliste constituait  toute l’originalité de son travail. C’est par des chemins détournés qu’il en est venu à visiter les travaux de Fédida1 avec la possibilité de mise en tension du semblable et du dissemblable dont dépend l’ouverture d’un espace par le groupe pour penser la différence. Là encore c’est bien en me transmettant des éléments de son opiniâtreté – grâce à laquelle le doctorant pouvait naviguer dans des registres divers – et à la faveur d’une certaine analogie que j’ai pu me figurer entre l’idéologie prévalente au Liban vis-à-vis des toxicomanes et celle que j’avais pu connaître moi-même autrefois à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, que j’allais parvenir à soutenir mon étudiant jusqu’au bout et défendre sa position en regard du contexte socio-culturel libanais sur les politiques de prévention et la prise en charge des toxicomanes et faire que cette thèse constitue néanmoins un événement en dépit de son caractère insolite.

J’ai donc pensé dans ce second temps de mon cheminement avant de venir vous exposer mes réflexions, à ce réel échange de transmission entre le directeur de recherche et son doctorant et puis je suis finalement revenu à ma première idée, sur le modèle de Freud, eu égard à l’angoisse qu’il a d’abord qualifiée de somatique avant de luis donner une valeur psychique puis dans un troisième temps revenir à son idée initiale en la modifiant quelque peu pour parler d’un certain type d’angoisse qu’il a qualifiée d’automatique en regard de celle qu’il qualifiera de signal d’alarme. En suivant ce modèle je suis revenu à mon idée initiale, celle de la situation clinique dans laquelle le clinicien est amené à travailler avec des sujets d’une culture autre que la sienne, mais en tenant compte de ce qui m’était venu par la suite,  décidant alors de développer cette idée non pas tant du point de vue de la transmission qui opérerait du psychothérapeute vers le patient mais plutôt du point de vue de ce que nos patients venus d’une contrée lointaine peuvent nous transmettre, le plus souvent de manière implicite, mais en faisant preuve d’une certaine efficacité du point de vue d’une configuration satisfaisante au niveau de la prise en charge d’un matériel psychique.

C’est en effet à partir de cette situation que j’ai pensé, à propos de transmission, à une certaine articulation entre le décentrage et la dissemblance, voire le mécanisme de condensation entre ces deux notions, pour en venir à l’idée de la dissymétrie, voire d’un travail de la dissymétrie propre à la transformation thérapeutique.

Décentrage d’abord. Car il me semble que la base d’une prise en charge psychothérapeutique en situation culturelle – l’établissement d’une relation ou d’un transfert de base comme le disait C. Parat2 - s’installe en cherchant régulièrement à se décentrer par un travail d’observation des articulations potentielles entre son propre système de croyance, ses réminiscences personnelles propres d’un certain savoir et une certaine propension au doute et à l’ignorance, c’est-à-dire en se basant sur les ressemblances entre deux, davantage que sur la reconnaissance des différences. Prendre en compte l’appartenance culturelle du sujet sans pour autant réduire sa problématique à la seule dimension culturelle, comme le préconisait H. Stork3.

Dissemblance ensuite  – mais ceci n’est pas spécifique à la situation interculturelle. Parce que comme le soulignait P. Fédida, pour imaginer la souffrance de l’autre il convient de se séparer de la reconnaissance du semblable c’est à dire d’introduire de la dissemblance dans le semblable.

Il convient non pas seulement de s’identifier à la souffrance de l’autre en opérant à partir des ressemblances mais aussi  de « percevoir la différence du semblable au décours de la parole » (p.55) pouvoir passer subrepticement de l’identification à la désidentification, pouvoir s’identifier de nouveau, se désidentifier encore l’espace d’un instant et ainsi de suite. D’où l’idée que j’avançais d’un travail d’articulation entre décentrage et dissemblance, ce que j’ai nommé « travail de dissymétrie » pour signifier la disposition de deux figures qui ne se correspondent pas point par point mais dont le décalage de position, de forme, de mesure  – par rapport à un axe, dirait-on en architecture – permet la transformation des représentations et l’établissement d’un dispositif laissant toute la place à l’inquiétante étrangeté qui, comme le soulignait Fédida, se trouve être le rendez-vous de l’analyste.

Ce travail de la dissymétrie tel que j’essaye de le définir peut ne pas être rapporté exclusivement à la situation interculturelle de même que les deux notions qu’il contient. La capacité de décentration du psychothérapeute a déjà été développée autrefois d’un point de vue plus général par Piaget dans son « Epistémologie des Sciences de l’Homme »; quant à la dissemblance et la nécessité d’introduire de la dissemblance dans le semblable, c’est à propos du sujet déprimé, schizophrène ou autre que Fédida l’a évoquée, en particulier pour souligner que le problème n’est pas tant que comprendre mais d’écouter, d’entendre, et que lorsqu’on écoute quelqu’un, il faut, d’une certaine façon, devenir fou pour pouvoir l’entendre, que l’on ne soigne pas les psychotiques avec de l’intersubjectivité, qu’il faut utiliser la perception et la compréhension du désir que l’on croit percevoir chez nos patients, procéder par inférence. Mais ces deux notions que sont le décentrage et la dissemblance sont, je trouve, particulièrement utiles en situations interculturelles et mon hypothèse de travail est que la dissymétrie dans de telles situations, entre un patient et un praticien, à l’interface entre la position de décentration du thérapeute et l’introduction de la dissemblance dans le semblable, devient opérationnelle dans la mesure où le patient lui-même a pu transmettre implicitement, à travers un geste, un comportement, une attitude – plus souvent qu’une parole – une expression culturelle analogique venant faire diversion, tromper la différence, introduire de la dissemblance.

Je pense à cette patiente originaire de la République Démocratique du Congo, immigrée en France quelques mois après les combats sanglants qui ont opposés dans son pays les tutsis et les hutus. Elle ne vient pas me consulter de son plein gré mais à la demande de l’équipe soignante de la policlinique médicale, passablement inquiète de l’avoir vue très excitée en salle d’attente, projetant à deux reprises son très jeune enfant dans les airs en menaçant de le laisser tomber au sol si sa situation sociale ne lui permettait pas d’obtenir l’autorisation légale de rester sur le sol français. Un comportement en décalage manifeste par rapport à ce qu’elle pourrait obtenir de l’hôpital mais un état de souffrance réelle s’exprimant dans l’extrême. J’allais recevoir cette femme régulièrement pendant plusieurs mois, finissant par établir avec elle une relation relativement apaisée en dépit d’un premier contact quelque peu inquiétant – elle est hors d’elle. C’est avec son enfant que je la reçois pour la première fois. Il a quelques mois seulement et en dépit de ce qui vient de m’être rapporté du comportement de cette mère, la manière dont elle tient l’enfant sur elle ne me laisse paradoxalement aucun doute sur le lien très fort qui existe déjà entre eux. Je ne fais aucune allusion précise à ce qui s’est passé si ce n’est pour dire que l’équipe s’est inquiété de l’état dans lequel elle s’est mise brutalement et c’est la raison pour laquelle elle se retrouve à ma consultation sans demande particulière de sa part. Je cherche malgré moi en m’efforçant de ne pas trop questionner pour ne pas attiser le feu, à comprendre ce qui s’est passé mais aussi à faire preuve d’imagination avant de comprendre ; je cherche à utiliser ma propre perception pour tenter de saisir ce qui se passe en elle plutôt que tenter d’expliquer. Je ne m’étendrai pas sur le déroulement de ce premier entretien qui se terminera néanmoins, dans le doute, par une prescription mais une prescription qui deviendra au fil du temps tout à fait secondaire.

Je voudrais juste relater deux épisodes qui se déroulent avec cette femme dans les semaines et les mois qui  suivent et me semblent confirmer mon hypothèse sur ce qu’elle a pu me transmettre implicitement pour que s’instaure une relation familière bien que dissymétrique initialement entre elle et moi,  rien ne le laissant présager cette entente mutuelle compte tenu, je le répète, de l’absence de demande, de la manifestation caractérielle initiale à l’origine de la consultation et des conditions sociales de cette femme impossible à transformer à court terme et en tout cas certainement pas à mon niveau.

Le premier épisode qui me frappe va se répéter trois ou quatre fois à quelques semaines d’intervalle. Tout se passe comme si cette femme cherchait à donner une forme à sa plainte – et il n’est pas rare, tout particulièrement chez les patients africains que je reçois, de mettre en avant un symptôme de nature somatique plutôt que psychique, se plaindre de maux de tête par exemple plutôt qu’installer une symptomatologie dépressive sur le devant de la scène. C’est bien ce qui se passe avec cette femme. C’est le corps qui s’exprime. Et je la vois tout à coup devant moi commencer à se frapper la poitrine avec l’index en se plaignant de ressentir régulièrement, sur tout le thorax, des picotements très forts. Ces picotements correspondent manifestement à rien sur le plan médical mais il me semble qu’à travers ce geste elle me signifie quelque chose. Très vite me reviennent en tête les images d’assassinats à la machette mais je me garde de dire ce que cela m’évoque. Je conserve cette image à l’intérieur de moi et me contente de rapporter ces sensations à l’expression d’une angoisse très forte surgissant sous une forme ou sous une autre, ici sous forme d’élancements comme au niveau cardiaque, on parlerait de pointes-ondes.

Le second épisode survient quelques mois plus tard. L’enfant marche déjà. La mère consulte toujours de temps en temps à la policlinique pour des raisons médicales et elle a poursuivi de façon très assidue ses consultations avec moi. Ses mouvements d’humeur portés parfois à l’extrême m’avaient conduit, comme je le disais, à lui prescrire un traitement psychotrope qu’elle a bien accepté et à propos duquel nous faisons régulièrement le point mais il reste néanmoins secondaire dans la mesure où les entretiens ont pris une valeur primordiale dans cette prise en charge. Un beau jour, alors que l’enfant est déjà un peu plus grand elle décide d’entrer seule dans mon bureau de consultation laissant l’enfant à la garde de l’équipe infirmière qui maintenant le connaît bien. L’enfant reste dans le salon d’attente. C’est un enfant un peu turbulent. On l’entend parfois derrière la porte. Je m’attends à ce quelle le fasse entrer. Il l’a pratiquement toujours accompagnée lors de nos entretiens. Mais cette fois-ci elle ne le fait pas et commence à s’entretenir avec moi sans lui. Tout à coup, entendant la voix de son fils à l’extérieur et trouvant qu’il est un peu trop turbulent, elle se met à lui parler à travers la porte pour lui dire de se calmer. La situation pour moi devient tout à fait bizarre, en proie précisément à une certaine forme de dissymétrie, non plus comme tout à l’heure entre le geste se rapportant possiblement aux événements traumatiques de la période de guerre et me laissant circonspect entre mes éprouvés et mon interprétation potentielle, mais cette fois-ci dans l’agencement de la scène et l’organisation du cadre dont j’abandonne en partie la maîtrise. Ma patiente est bien là devant moi mais elle est ailleurs en même temps, elle parle par devers la porte, quelque part dehors avec son fils. La situation vient témoigner du lien en même temps que de la séparation et tout me semble se passer comme si elle me désignait comme témoin de l’étape qu’elle est en train de faire franchir à son enfant progressivement, par mon intermédiaire, de la dépendance absolue à la dépendance relative ou d’une dépendance déjà relative à un début  d’indépendance. Cet épisode me semble avoir une double valeur du point de vue de ce qui était transmis parce qu’elle transmet à la fois à son fils le fait qu’elle peut maintenant le laisser seul en même temps qu’elle me transmet le fait qu’elle peut se rapprocher de moi pour elle seule et investir cet l’espace-temps que je lui consacre régulièrement. On perçoit aussi dans cette seconde situation qui contraste avec les raisons qui ont motivées la première consultation avec cette femme – une possible maltraitance de l’enfant par sa mère -, comment la dissymétrie au travail a permis de délimiter les espaces, celui de la parole, celui du mouvement, celui des affects permettant à cette patiente de sortir de la confusion en même temps que j’acceptais d’y entrer et comment au fil du temps le corps de cette femme est réapparu comme le lieu à partir duquel s’est déployé progressivement la subjectivité. On voit enfin à quel point dans les situations limites, graves, pour ne pas dire extrêmes, que celles-ci mettent en jeu le corps lui-même, le psychisme ou l’existence sociale, le cadre psychothérapeutique est toujours à réinventer.

Bibliographie

Fédida P., 2007, Humain/déshumain, Fédida, P. et al. , (2007). Humain/déshumain – Pierre Fédida, la parole de l’œuvre. Paris, PUF.

Parat C., 2004, « A propos de thérapeutique analytique », in : Denis P., Janin C., Psychothérapie et psychanalyse, Paris, PUF.

Stork E., (1999), Introduction à la psychologie anthropologique, Paris, Armand Colin.

François Pommier

Psychiatre, Psychanalyste, Professeur de psychopathologie

Université Paris Ouest – Nanterre – La Défense

Responsable de l’équipe « Approche en psychopathologie et psychanalyse » (EA 4430).