D’une possible psychiatrie de secteur actualisée

Résumé

Il y a 60 ans qu’ont été fondées la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle. La psychiatrie de secteur, qui s’appuie sur la proximité et la continuité, est pratiquée au 6ème secteur d’Abbeville par une présence et une disponibilité soignante permanente dans un dispositif centralisé, et par la stabilité des interlocuteurs proposés. Nous associons à ce dispositif une prise en charge par remédiation cognitive au niveau de groupes, pour permettre un travail des fonctions métacognitives, neurocognitives et de cognition sociale. Ces principes peuvent être pensés et pratiqués à l’aide des paradigmes de la psychothérapie institutionnelle et de l’abord psychanalytique des psychoses. Les principes du secteur, de la réhabilitation psychosociale et de la remédiation cognitive ne sont donc pas en contradiction les uns avec les autres mais peuvent au contraire s’articuler sans renier leurs paradigmes.

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L’aire de jeu des praxis instituantes

Résumé. L’institution, dans le sens du mouvement d’instituer, est rendue possible par la création d’aires de jeu multiples (en soi, dans le groupe, dans la société). Dans la clinique quotidienne, cela introduit une lutte contre la naturalisation des processus psychotiques et des phénomènes institutionnels. Ouvrir à la complexité des relations humaines et à la prise en compte des failles des institutions et des personnes, pour les mettre au travail, est l’enjeu des praxis instituantes.

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La psychothérapie institutionnelle aujourd’hui : un genre de politique ? (LE ou LA politique ?)

Résumé. L’ « ambiance » à laquelle tenait tant Jean OURY, n’y serait plus. On peut en effet s’interroger sur ce que produisent les discours scientifique et capitaliste sur les réalités institutionnelles des lieux de soin de la folie. Car à asséner des certitudes, que ce soit de « bonnes pratiques » comme de « bon sens » économique, n’en vient-on pas à empêcher la pensée et le débat, c’est-à-dire à réduire la politique à une pratique obsolète, si ce n’est vaine ? Dans notre association que la politique semble avoir nourrie depuis ses origines, nous voulons croire que la désaliénation si chère à Marx – pour impossible qu’elle soit (voir notamment Lacan) – ne doit pas moins rester l’horizon vers lequel nos pratiques s’orientent. Au plus près de la réalité clinique de notre quotidien de soignants en psychiatrie, avec ce que la psychose produit de risques parmi lesquels l’isolement, nous allons exposer une tentative récemment entreprise avec nos patients, tentative institutionnelle, thérapeutique et politique.

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Transmission de la psychanalyse à la psychiatrie

Résumé. La psychanalyse a transmis à la psychiatrie une certaine idée de l’ « homme psychique » qui a été à la base de ses pratiques thérapeutiques même après la domination de la « psychiatrie biologique ». Ces dernières années, une nouvelle conception du « malade-citoyen » vient contester la conception psychanalytique du malade mental, en introduisant ses propres pratiques et valeurs, appuyées sur un mouvement de société plus large. Néanmoins, la notion de psychothérapie garde sa valeur attractive en tant que travail psychique partagé et pourrait permettre à la pensée psychanalytique de garder son influence en psychiatrie.

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Le recul de la psychanalyse dans les institutions : homophobie, dogmatisme théorique et concurrence thérapeutique

 Résumé : ce texte se propose de réfléchir aux raisons qui font actuellement reculer la psychanalyse dans les institutions du monde occidental, et en particulier dans celles de la  France. Il s’agit plus précisément de montrer que les facteurs qui ont permis sa diffusion sont aussi ceux qui la font disparaître aujourd’hui, à savoir : l’usage homophobe de ses théories et de ses pratiques qui répondait aux politiques hygiénistes de la fin du XIXe siècle, mais qui maintenant la dessert ; la dimension épistémologique dont elle pouvait se passer au moment de sa diffusion mais qui la laisse désormais sans justification auprès des institutions de soins et de recherches scientifiques ; et enfin l’absence d’alternative théorique et pratique qu’elle connaissait à ses débuts qui s’est transformée depuis en une concurrence thérapeutique importante avec l’arrivée des Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC).

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Dialogue entre psychanalyse et psychiatrie

Résumé. Ce texte se propose de faire dialoguer psychanalyse et psychiatrie en montrant leur complémentarité, leur approche sémantique du symptôme et leur divergence possible dans l’issue des traitements qu’elles proposent. En s’appuyant sur des textes de Freud et de Lacan, on remarque que la division du sujet qui est à l’origine de sa réflexivité conduit le psychanalyste à s’interroger davantage sur « ce qui parle », alors que le psychiatre se demandera plutôt « ce dont on parle », comme l’histoire foucaldienne de la clinique semble l’évoquer.

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Psychanalyse & Psychiatrie

                                                            À Patrick Landman

Résumé : Le débat entre psychanalyse et psychiatrie renvoie au débat entre deux paradigmes métaphysiques incommensurables apparus dans l’histoire des idées l’un à la suite de l’autre : le sujet, pour le premier, est l’effet contingent de la rencontre de la manière d’être d’un autre, une mère le plus souvent, pour le second, une monade sortie du sein de la mère toute armée d’une raison égalée à des capacités neurologiques, d’où il suit que le symptôme est pour le premier l’effet de cette rencontre et pour le second l’effet d’un désordre cérébral ou d’un trouble de l’apprentissage, double lecture entraînant des pratiques thérapeutiques inconciliables.

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L’envers du sujet. La psychiatrie en question

RÉSUMÉ

L’intention de ce texte est de remarquer l´opposition théorique et clinique entre la psychiatrie et la psychanalyse, où celle-là ne remarque pas la question du sujet et celle-ci prends sérieusement cette question. L’incidence du discours des neurosciences dans le discours psychiatrique a éloigné la question de la folie du registre de la vérité. Par contre la question de la vérité de la folie à été prise dans la psychanalyse de façon cruciale.

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Autisme : un arrière-fond historique aux critiques contre psychiatrie et psychanalyse (I)

Résumé. Il y a un écart entre le rôle joué par la psychiatrie et la psychanalyse dans l’accompagnement des personnes autistes, en réalité très partiel, et la représentation dominatrice qu’en donnent certains de leurs partisans ou leurs adversaires. Aussi, ces deux disciplines, bien qu’elles soient distinctes et traversées chacune par divers courants, entretiennent chez des parents la crainte d’une emprise corporatiste au détriment des parcours de vie de leurs enfants. En France, c’est pourtant la pédopsychiatrie qui a joué le rôle d’initiateur anti-asilaire entre 1955 et 1975. Elle était alors inspirée par les idéaux de la psychanalyse pour « la réhabilitation du sujet ». Ensuite, c’est aux parents qu’est revenu le maintien d’une radicalité anti-asilaire, retournée contre ces disciplines. Car depuis les années 80, tantôt en duo, tantôt séparées (voire opposées), elles n’ont pas toujours accompagné avec discernement les évolutions et les exigences familiales et sociales d’une modernisation. Celle-ci a élargi le plateau technique utile, bien au delà du « soin » et du médicament, et bien au delà d’accompagnements institutionnels fragmentés, de l’ enfance à l’ âge adulte, entrecoupés d’abandons et de rejets sociaux. Tant que des discours venus de la psychiatrie ou de la psychanalyse prétendront à une suprématie sur les causes de l’autisme ou sur les parcours de vie des personnes, ces professions susciteront de l’hostilité. Elles devraient maintenant délimiter leur exercice nécessaire à leur juste place.

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Autisme : y a-t-il un impérialisme du soin dans les services ? (II)

Résumé. La psychiatrie et la psychanalyse ont occupé une place dominante dans les institutions sanitaires et medico-sociales depuis les années soixante même quand elles n’étaient pas physiquement dans les services. C’est en parallèle, ou en opposition à elles, que d’autres disciplines ont apporté ensuite des modalités d’accueil nouvelles pour les personnes autistes. Pourtant, l’ère d’un « tout thérapeutique » n’a jamais vraiment existé. Une fiction illuminait la « psychothérapie » ou « le soin », irradiées par ces deux professions, et laissant dans l’ombre les autres accompagnements qui allaient du simple gardiennage asilaire à la scolarisation, en passant par de multiples activités éducatives et sociales. Le « suprémacisme » de ces disciplines a perdu de son aura mais il persiste dans le vocabulaire de nombre d’équipes tandis que pour les familles des confusions existent entre « le traitement », « le soin », « le thérapeutique », la « psychothérapie »  et « la psychothérapie institutionnelle ». Cette dernière ne représente pas non plus la seule approche pour analyser les actions et les interactions dans les services, leur critique constructive et les innovations.

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