L’intranquillité

Résumé

La réalité de la violence est la marque de l’indignité la plus absolue. Si, dans les faits, cette violence n’est pas différente pour les femmes et pour les hommes, elle touche néanmoins les sujets à des points de singularité radicalement différents. C’est cette dimension que nous mettrons en tension, en essayant de ne pas réduire la violence à un simple geste, mais à circonscrire l’espace du désarroi qui touche à l’Être.

Une petite fable

« Hélas ! dit la souris, le monde devient plus étroit chaque jour. Il était si grand autrefois que j’ai pris peur, j’ai couru, j’ai couru, et j’ai été contente de voir enfin, de chaque côté, des murs surgir à l’horizon ; mais ces longs murs courent si vite à l’encontre l’un de l’autre que me voici déjà dans la dernière pièce, et j’aperçois là-bas dans le coin le piège dans lequel je vais tomber.

Tu n’as qu’à changer de direction » dit le chat en la dévorant1

La violence

La violence surgit toujours avec cette indécente férocité. Avec l’âpreté de ce qui ne peut se dévoiler, même dans son effraction, puisque s’y présente ce qui ne saurait être là, ce qui ne peut se dire, ce qui ne peut s’écrire. Si le traumatisme est la rencontre inopinée avec un réel générateur d’angoisse, il s’agit de s’interroger sur la différence qui existe entre la violence et le trauma. Qu’est-ce qui va nous permettre de distinguer la violence du traumatisme ?

La violence s’affronte selon différents registres. Tout d’abord la violence met le sujet face à un univers qui n’est plus à la mesure de ses représentations, « l’éruption de la violence nue isole du monde et des autres2. » D’autre part les mots manquent pour dire ce qui, en raison, ne peut être pensé. D’où ce sentiment d’Unheimliche, cette inquiétante étrangeté, terreau de ce moment de vertige, ce « tremblement de la singularité de la volonté3. » Ainsi Marie va se trouver alors réifiée et déshumanisée par l’autre. Cette instrumentalisation du corps, au service d’une jouissance imposée sans amour ni désir, atteint le sujet dans son intimité la plus sensible et pourtant impensée. Prises dans la nécessité de dire, les mots vont lui manquer, car elle se trouve confrontée à ce qui reste d’ineffaçable pour elle.

Le trauma. Ce qui ne saurait être là

Deux perspectives semblent pouvoir nous orienter. Lacan empruntant à la logique aristotélicienne les signifiants de tuché et automaton, vient circonscrire deux moments de cette rencontre. Inscrivant la rencontre avec le réel au sein de la logique métronomique de l’automaton, alors que la tuché surgit toujours avec cette figure monstrueuse de l’étranger, plus exactement avec ce qui ne saurait être là.

Mais que peut témoigner le sujet dans sa rencontre avec ce qui ne saurait être là ? Revenant des camps Robert Antelme pouvait affirmer : « Nous voulions parler, être entendus enfin… Et dès les premiers jours cependant, il nous paraissait impossible de combler la distance que nous découvrions entre le langage dont nous disposions et cette expérience que, pour la plupart nous étions encore en train de poursuivre dans notre corps. Comment nous résigner à ne pas tenter d’expliquer comment nous en étions venus là ? À peine commencions-nous à raconter et nous suffoquions. À nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable… Il était clair désormais que c’était seulement par le choix, c’est-à-dire encore par l’imagination que nous pouvions essayer d’en dire quelque chose4. »

Primo Lévy lui aussi, lors de son retour des camps, a voulu parler et témoigner. Mais il ne rencontre pas seulement sa propre difficulté à témoigner, il se rend compte que les « autres » ne peuvent l’entendre. « Il est certain que dans de nombreuses familles, les “autres”, les non-survivants, les non-rescapés, se sont opposés au récit. Pourquoi ? Nous rêvions que nous rentrions, que nous racontions et qu’on ne nous croyait pas. »5Et dans son écriture il se rend compte qu’il témoigne de son insuffisance : « Je traverse de longues périodes de déséquilibre dues peut-être à mes expériences des camps de concentration. J’ai trop de mal à affronter les difficultés. Et cela je ne l’ai jamais écrit »6.

Ce que l’on ne peut pas voir. 

Perdu dans la nuit, cet espace sans repères, « là où les hommes pataugent dans la misère7 », le sujet ne peut affronter l’ineffable.C’est ce caractère déroutant qui provoque l’incrédulité, mais qui laisse entrevoir cette part obscure de l’expérience, celle qui se déploie à l’écart de tout possible et qui défie, en conséquence toute nomination. Ici l’expériencetelle qu’elle se déroule, vient s’affranchir de l’expérience du sens, d’ailleurs elle ne peut même pas se considérer comme un non-sens, ce qui déjà serait une option du sens.

L’acte, dans son indécence, suspend le sens et impose le silence. Expérience intime qui conjugue au temps présent l’imparfait de paroles avortées. Cette expérience constitue fondamentalement une question dont l’énigme, en son impossible, tient à son refus de se laisser penser. C’est ce refus d’ailleurs qui en constitue son essence, et son insistance comme question.

Marie la figure monstrueuse du savoir

Si la honte et le silence contraignent le sujet au silence, c’est la rupture avec un autre lien qui semble causer le voile noir du trauma.

Marie, se trouve confrontée à l’exigence d’un dire et à l’insignifiance d’une parole qui pourrait enfin lui permettre de ne plus suffoquer sous le poids de la honte. C’est donc dans le vertige de l’inimaginable qu’elle confie « ce que (s)on gynécologue (lui) a fait ». Les attouchements que le praticien a pratiqués ne relevaient pas du protocole de l’examen médical. C’est à ce titre qu’elle a porté plainte affirmant qu’elle a été ainsi abusée, violée, alors qu’elle lui avait donnétoute sa confiance.

Prise entre la nécessité de parler et l’impossible restitution de ce qui a été commis, Marie réalise combien l’épreuve, au-delà de l’acte, résiste au sens, elle éprouve alors le vertige d’un silence qui l’angoisse. Elle le reconnaît et, comme pour s’excuser, elle tient à préciser qu’« évoquer ces situations ce n’est pas très agréable. “On” ressent une certaine gêne à parler de tout ça ». D’autant plus qu’il n’est « pas facile, ajoute-t-elle, de se rappeler, de situations où “on” a été abusée ».

Sans doute est-ce pour cela que Marie témoigne du malaise qui l’habite encore. Certes, beaucoup d’événements ont croisé sa vie, mais elle garde en elle le sentiment d’avoir été abusée, « à l’intérieur, je ne sais pas comment vous dire, je lui faisais confiance et il était plutôt aimable. Alors quand on se rend compte de tout ça, ça fait bizarre ». Abusée de l’intérieur, comme pour tenter de localiser et extraire cette chose qui la ronge, et pour tenter d’éloigner ce malaise comme s’il devenait difficile, maintenant de faire confiance ;« c’est impossible, comment vous dire, “on” ne peut plus croire comme avant… »

Si « on ne peut plus croire comme avant », c’est-à-dire avant les désillusions, le divorce, et une vie qui ne ressemble pas ou qui ne ressemble plus, à celle que Marie avait imaginée. On entend bien alors dans sa plainte, le vide qu’a créé cette désillusion. C’est donc avec une certaine nostalgie qu’elle peut convoquer une histoire qui, loin de la rassurer lui permet, tout au moins, de supporter ce qui semble lui avoir échappé, comme si à un moment donné, quelque choseavait eu lieu, la laissant sans repère. Pourtant, relève-t-elle avec nostalgie, « ma vie était simple ».

Ce pacte souligne les deux rives de la violence : l’une, où le sujet exposé à la violence absolue, n’est que le pur déchet de celui qui l’observe et qui peut contempler sa ruine et l’autre, le cri. Le cri qui émerge sur fond de silence et qui devient la demeure d’un sujet « seul sans solitude. »8

Alors elle tente d’ordonner maintenant sa vie, en reconstruisant une histoire avec laquelle, en raison elle pourrait donner un sens. Tout d’abord un couple qui se défait qui « n’a pas résisté à l’épreuve du temps. »En changeant de métier, son mari aurait aussi changé de rythme de vie et surtout d’habitude. Un peu amère elle commente la distance qui, insidieusement, s’est creusée entre eux, « il était commercial, il rentrait de plus en plus tard, pour ne plus rentrer du tout ». C’est dans cette tension que le couple se séparera ; le conflit sera d’abord difficile et douloureux pour Marie.

D’ailleurs de cette période, elle laissera entendre, que les blessures ne sont pas toutes cicatrisées. En fait, même si elle considère qu’elle entretient de bonnes relations avec son ancien mari, elle ne peut s’empêcher de penser à sa tentative de suicide, qui occasionnera une hospitalisation.

C’est à peu près au même moment qu’elle rencontrera le médecin. « Au début reconnaît-elle, tout allait bien, il était sympathique. J’étais en confiance avec lui ». Puis les actes médicaux durèrent de plus en plus longtemps. Une échographie sembla durer une éternité. Elle décida alors d’en parler à son médecin traitant et c’est lui qui lui aurait conseillé de porter plainte. Marie, très anxieuse, s’affronte au poids des mots et à l’insoutenable qui l’accompagne. Cette expérience singulière, fait résonner l’irraisonné d’un acte. Ici se conjugue tout le poids de cette effraction du réel, qui nous écartant d’un retour à la preuve que constitueraient les faits avec cette tentation de rabattre le texte sur une vérité. Cette effraction du réel nous met devant une rupture soudaine. Une déliaison s’est faite, nous demeurons avec le sentiment d’une perte qui opère dans l’expérience et dans le langage : perte d’une dette, de l’espoir et de la peur. Comment évoquer ces souvenirs dont elle voudrait ne plus parler ? Et puis il y a cette gêne à parler de soi, ces gestes qu’elle a subis, et ces attitudes face auxquelles elle est restée silencieuse. « Comment ai-je fait pour ne rien dire ? »

Au-delà de l’inconfort de ces gestes, « il est toujours difficile de se rappeler qu’on a été abusée ».Cette situation réveille aussi des souvenirs douloureux ; souvenirs qui ne sont pas directement liés aux actes indélicats du médecin, mais qui lui rappellent aussi « le temps où elle a été trompée ». Trompée par un mari en qui elle avait toute confiance. C’est donc la duperie de l’Autre qui vient réveiller cette gêne infinie et cette douleur. Et c’est bien l’acte du médecin qui lie tromperie et duperie.

L’acte n’a pas été commis frontalement avec violence et surprise. L’acte ici s’ordonne à partir d’une pratique professionnelle où se noue, dans l’auscultation, l’abandon du corps, dans un temps où le sujet livre son corps sans retenue, car il le confie au savoir de l’Autre.

Dans ce temps où le sujet est littéralement objet du regard de l’autre, le savoir, ici médical, y fait écran. Il décomplète le regard ne l’autorisant à n’être qu’un acte professionnel. Le savoir permet de lire le corps en évitant l’indécence d’un regard. C’est ici que le glissement a opéré, quand Marie d’objet du regard del’autre est devenue objet du regard dansl’autre. Quand justement le savoir n’a plus fait écran, et quand son corps a été livré au regard sans perspective, dans une nudité qu’elle n’avait pas voulue. Comme si elle avait été, un temps, dépossédée de son corps et qu’il avait été livré à une observation indélicate. C’est pour cela dit elle « qu’il est toujours difficile de se rappeler qu’on a été abusé », comme si l’abus allait au-delà de la violence, du geste, comme si le souvenir la remettait toujours face à l’énigme de ce regard et face à ce moment de dépossession quand elle a été nue au sens le plus fort du terme et que se dévoile et s’actualise une certaine malignité de l’Autre.

Mais l’abus touche à la désillusion de sa vie et fait ressurgir les souvenirs noirs d’une discorde familiale dont les cicatrices sont toujours présentes. Le hasard a fait qu’elle a rencontré son médecin au moment où son mari l’a quittée.Par deux fois, en somme, elle fut abusée et comme pour conquérir l’inexplicable elle noue l’indécence à la duperie. C’est au point de ce nouage singulier que ressurgit chez Marie toute l’horreur du viol de son intimité qui la soumet au regard suspicieux de l’Autre qui à tout instant peut la surprendre.

On perçoit dès lors tout l’impact de cet acte qui, intimement, est lié au regard. Regard qui a ravi dans l’indélicatesse d’un geste un point d’intimité, c’est cette indélicatesse qui constitue pour Marie un point d’énigme et un point d’horreur. C’est pour cela que la plainte qu’elle dépose lui permet de tenter de renouer avec cette part ravie, car elle ne supporte pas d’avoir été, un temps objet de jouissance, manipulée et ordonnée dans un scénario dont elle n’a pu qu’après, se rendre compte de l’indécence.

Ainsi dans notre quotidien, la contingence des événements prend souvent un air de surprise, elle est une rupture avec l’habitude et le connu. Pour Freud, le hors sens de la contingence ne fait pas qu’inscrire un vide, il laisse le sujet dans l’inconséquence de ses incertitudes.

« Au début, il n’y a rien à dire. Je voulais la pilule. J’ai fait des infections, je devais le voir tous les six mois puis tous les trois mois pour le renouvellement. Il discutait beaucoup, j’avais pas les moyens de me payer la pilule à cause de mon chômage, il me donnait des plaquettes. C’est par la suite que tout a commencé, je devais me déshabiller complètement. Il me palpait les seins et les examens duraient plus longtemps. Les examens duraient de plus en plus longtemps. J’étais choqué et, durant l’examen, je parlais pas, je me bloquais le ventre et je regardais le plafond ».

Dès lors, on perçoit bien l’indignité de sa position, puisqu’il lui faut reconnaître que l’homme aimable, rencontré dans premier temps de sa relation professionnelle. Elle reconnaît sa disponibilité et son souci à l’égard de ses difficultés professionnelles. Mais d’un autre côté elle se souvient de l’indécence d’un regard, de l’indélicatesse de gestes, de la surprise de questions qui la glaçaient, « j’étais presque encore plus nue que nue ». C’est ici l’autre figure de l’impossible, cette exigence indélicate de la nudité, cette effraction qui touche au corps, cette nudité où elle se sentait seule sans solitude,et dans ces instants « je bloquais le ventre, je regardais le plafond, je me taisais. »Plus de recours au langage pour donner sens à ce qu’elle vivait, mais un silence glaçant une dimension hors sens qui affecte le corps.

Elle s’extrayait ainsi de la parole, par une mortification la protégeant sans doute de sa confrontation directe, à la jouissance sexuelle de cet homme. Comme une sorte d’abandon défensif de son corps à l’autre. Son propre corps n’était pas érotisé pour elle, pas libidinalisé par le désir sexuel, mais statufié dans le silence et la contraction, livré à l’autre la réduisant à un objet instrumentalisé pour sa jouissance. Son sentiment d’une nudité allant au-delà de la nudité du corps tient peut-être à cette expérience hors sens, à cette instrumentalisation, la ravalant à être un objet de jouissance sans le voile du savoir, mais aussi sans le voile de l’amour ou du désir partagé.

Dans ce temps immobile lui reviennent des questions qui n’appelaient aucune réponse, car leur brutalité n’en suscitait pas. L’inconfort des questions associé à l’indécence de gestes n’était plus guidé par la pratique sûre de l’auscultation. Ici réside l’indélicatesse de ce moment où tout bascule, sans qu’elle n’ait pu refuser l’intrusion de ces mains audacieuses, sans qu’elle ait pu autoriser l’autre à partager sa nudité. C’est justement ce regard qui lui fait horreur : « il a pu voir mon corps comme jamais, personne ne l’avait vu », dira-t-elle : un corps délibidinalisé, mais pourtant au service de la jouissance d’un autre, et qui de ce fait, atteint ce qui d’habitude se trouve habillé par le désir, le fantasme, les semblants.Alors pour Marie revient toujours la même question, sous la forme d’une scansion qui ne rythme plus rien : comment se défaire de l’étau d’un regard qui assèche, qui vide de tout, sans que l’on sache, en plus, ce qui a été volé, ce qui a été perdu.

Comme le confirment souvent les témoignanges, Marie a eu besoin de se laver, comme si son corps conservait l’empreinte de ces mains,des traces indélébiles de jouissance ineffaçables,« je me sentais sale, il fallait que je me lave » : puis les cauchemars sont venus. Impossible à décrire, car il s’agissait d’une présence,réveillant ses nuits et ses peurs, sans qu’elle ne puisse comprendre ce qui se passait en elle. À l’inconfort de ses nuits s’est associée une inquiétude envahissante qu’elle ne pouvait maîtriser, mais surtout une angoisse dont elle ne pouvait comprendre la cause. Certes, les attitudes, les paroles entendues l’avaient marquée, mais elle ne pouvait soupçonner combien « ces petits riens »avaient inscrit, subrepticement, un malaise grandissant. Car étonnamment elle n’arrivait pas à faire le lien entre ces paroles et le malaise dans lequel elle était, comme si par une curieuse alchimie, l’indécence des gestes et des paroles avait déchiré ce que le savoir protégeait, livrant ainsi son corps à une pure déchéance. L’écran du savoir ne la protégeait plus. Le clivage ainsi constitué opérait à l’insu du sujet, la laissant sans défense et la livrait à la dépression.

Ayant perdu son corps, l’homme a perdu sa demeure. Il a perdu la jouissance du phénomène demeure, il en a perdu le recueillement et presque l’idée. « Ayant cessé d’être signifiante, toute demeure se dissipe autour de lui tout en restant là9. » Dans cette expérience de l’étrangeté, c’est la pensée qui tourne autour du corps, « soustraite inexplicablement, d’une soustraction qui n’a pas de nom, d’une soustraction méchante, comme un “tu ne rentreras pas” proféré indéfiniment. Et la pénitence dure, venue sans raison, demeurant sans raison10. »

Surgit alors un temps immobile, un temps trainant dans un désert d’inaction, comme s’il boitait des deux pieds. Enchevêtrement des mots et du corps qui ordonnent un temps où aucun événement ne trouve à s’incarner. La claudication du corps vient dans ce désert faire entendre une harmonie atonale où le désenchantement alourdit la pensée, et grippe les processus élémentaires de la réflexion.

C’est ainsi que Marie cherche à reconquérir des repères qui, un temps, lui permettaient de pouvoir « vivre normalement ». Bien qu’elle ait à nouveau une relation avec un homme, et bien que cet amisache lui parler, elle ne peut s’empêcher de ressentir une certaine méfiance vis-à-vis de lui et des hommes, elle craint leur regard oblique.

Les incertitudes et les doutes qui l’ont accompagnée, sa défiance vis-à-vis des hommes, sa crainte de devoir affronter un regard que se joue d’elle, participent à cette méfiance dont elle a du mal à se défaire et qui la lie à la solitude. À cette solitude dont Lacan parlait dans le séminaire Encore, affirmant « qu’elle est, ce qui d’une rupture, laisse trace11. »

Conclusion

De la solitude de Marie que pouvons-nous extraire ? Que pouvons-nous extraire de la contingence, celle du corps, d’un dit, d’une trace ou d’une rencontre ? Rencontre non attendue ni demandée de la rencontre usurpée par un acte qui dissout le fantasme dans l’horreur, figure du réel qui se laisse percevoir dans ce « plus nue que nue ». Cet au-delà du nu où le corps apparaît dès lors dans cette corporéité abjecte et indécente. C’est ainsi que l’intranquilité de l’Être vibre aux exigences du réel, c’est-à-dire dans ce qui ruine toute rencontre possible dans ce qui a été ravi durant l’événement ou la violence, et qui ne cesse de ne pouvoir se dire.L’impensé de ce qu’elle a vécu et ces résonnances affectives, l’ont conduit à penser que ce qu’elle n’a pu dire, ne peut être entendu. L’effroi résiste mal au partage. C’est pour cela que parler n’est jamais simple et entraine le sujet dans des contrées qu’il ne soupçonnait pas vers ces « lointains intérieurs », comme les nommait Michaux, ou alors tout comme Baudelaire le souhaitait « Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Êtres !12 »

Pierre-Paul Costantini

Maître de Conférence Rennes 2

EA 4050