L’anorexie mentale à l’épreuve de la clinique projective : pathologie du narcissisme ou état limite ?

Résumé : Cette communication propose de montrer l’intérêt des épreuves projectives dans la clinique de l’anorexie mentale à l’adolescence. Au-delà du diagnostic, la question de la sexualité féminine à l’adolescence, de la position dépressive ainsi que l’inscription dans la temporalité sont discutées. Ces propos sont illustrés par l’étude du cas de Colombe jeune fille anorexique de 16 ans.

Introduction

Je proposerai pour cette présentation de limiter mon propos à une clinique des adolescentes anorexiques les plus sévères, les anorexiques restrictives, c’est-à-dire celles qui ne présentent aucun symptôme de boulimies et de vomissements et je le centrerai sur l’intérêt de la clinique projective pour la prise en charge thérapeutique dans une perspective psychodynamique. Les symptômes de l’anorexie mentale restrictive à l’adolescence sont souvent confondus avec la personnalité de l’anorexique elle-même. Le fait que des personnes souffrant d’une anorexie aient un symptôme similaire ne signifie pas toujours qu’elles ont un fond de personnalité semblable, cependant un certain nombre de troubles vont se retrouver de façon commune dans ce qui pourrait être appelé, des conduites de dépendance. J’illustrerai cette communication par le cas d’une adolescente de 16 ans hospitalisée pour anorexie mentale.

1- En premier lieu, je soumettrais l’idée qu’il y a une part de psychose chez un certain nombre de ces jeunes filles anorexiques par détachement de la réalité mais qu’il s’agit d’un état psychotique limité dans le temps. Je conçois ici la psychose en tant que maladie du narcissisme primaire au sens de J. Bergeret1 , l’état limite étant considéré comme une maladie du narcissisme secondaire.  L’identité venant de la maîtrise qu’elle a sur elle-même, l’anorexique doit trouver une autre identité. La nourriture deviendrait le seul lien aux autres pour échapper à la sensation de solitude et le symptôme anorexique renforcerait ici les défenses d’ordre psychotique telles que le déni et le clivage. Du point de vue de la première topique, il semblerait que le symptôme anorexique désorganise le pré -conscient et le fonctionnement psychique secondarisé.

Je proposerais également l’idée que les conditions d’aménagements de ce fonctionnement psychotique vont provoquer un certain nombre de troubles psychiques :

- des troubles du lien entre perception et symbolisme, entre concret et abstrait qui seraient placés sur le même plan,

- un rapport au temps perturbé, parfois même une non- inscription dans la temporalité. On la retrouve dans l’absence de vécu de l’adolescence, la sensation de vide, de « lacune » qui est souvent rapportée. L’anorexique chronique se sent piégée dans un espace qui n’est ni l’enfance ni la maturité, elle est coupée de sa génération et désarmée par le fait que son âge chronologique l’oblige à prendre part à un jeu dont elle ne connaît pas les règles. L’anorexique ne voit pas d’avenir et elle associe le plus souvent la fin de l’enfance à la mort. Elle relie son enfance à la sensation de plaisir, plaisir nostalgique qui paraît décalé par rapport à la période adolescente dans laquelle elle se situe. L’adolescence est alors rattachée à la perte mais la jeune fille n’exprime pas facilement son passé, elle puise dans les souvenirs des autres. La chronicité peut lui renvoyer la mort dans la vie.

Nous avons également observé que la problématique dépressive occupe une place centrale sans que celle-ci soit cependant structurante. Le recours à l’anorexie permettrait dans un premier temps de lutter contre la dépression, qui s’apparenterait à la dépression essentielle observée dans les maladies psychosomatiques c’est à dire qui apparaît sans conflit psychique décelable. Le conflit n’a pas l’air apparent et si conflit il y a, la dépression est le résultat d’une auto -destruction. Dans l’installation de la maladie puis sa chronicisation, les affects dépressifs viennent au premier plan mais sans que ceux-ci puissent être suffisamment élaborés pour permettre d’aborder la problématique de séparation de l’adolescence. L’introjection ne semble pas possible, ce que Winnicott appelle « la capacité à être seul » permettant l’intégration de la position dépressive qui établit l’intériorisation de l’objet. L’incapacité d’être seul peut alors générer des angoisses terrifiantes proches de ce que Winnicott nomme « les agonies primitives » c’est-à-dire les sensations archaïques de ne pas cesser de tomber, de ne pas avoir de relation avec son corps.  L’absence comme la présence de l’autre semblent produire sur ces adolescentes une sorte « d’excès toxique » qui les déborde. Deux types de besoin s’imposent alors : celui de la dépendance où la solitude est exclue et celui du repli où l’isolement est un refuge. L’angoisse d’abandon et de perte de l’amour de l’objet serait le meilleur niveau de fonctionnement du sujet pour éviter une décompensation psychotique. Dans cette perspective, nous pouvons estimer que les sujets à distance de l’anorexie et de l’adolescence se seraient réorganisés soit sur un mode narcissique à visée anti- dépressive, soit sur un mode dépressif chronique. Le concept de « dépressivité » que M. Corcos2utilise correspondrait à une organisation « au niveau latent selon un mode particulier pouvant donner lieu à des dépressions névrotiques ou psychotiques …système à la fois antinarcissique et anti-objectal. L’adolescence, comme le dit Ph. Jeammet3 « remet en cause les frontières. Les remaniements pulsionnels et la confrontation œdipienne remettent les limites en question ». Il s’agirait donc d’un conflit entre identification et identité. Par la réactivation œdipienne l’adolescence aurait provoqué un effondrement narcissique exprimé en termes de recours à l’addiction et non pas de travail de deuil des images idéales de l’enfance.

Pour ces adolescentes, les conduites addictives ne renvoient pas à une structure de personnalité mais la dépression constitue un noyau commun d’un processus psychopathologique. Cette dépression se situe à des niveaux différents selon les sujets, « dépression mélancolique » dans un premier temps, qui peut être élaborée à distance du symptôme. L’accès à la position dépressive (au sens de M. Klein) représenterait le mode de fonctionnement le plus évolué. Les défenses seraient alors névrotiques ou narcissiques garantissant des frontières entre le dedans et le dehors.

2- L’anorexie pose également la question du féminin à l’adolescence

La spécificité féminine de l’anorexie à l’adolescence pose la question de la dimension psycho-sexuelle et de l’âge. La question de la représentation est centrale en termes de lien entre représentation idéale et image du corps à l’adolescence.

Au moment de l’adolescence, c’est le regard qui est investi comme limite entre dedans et dehors.  Les adolescentes rencontrées se définissent souvent « comme une coquille vide », essayant de surinvestir l’enveloppe narcissique. La focalisation sur l’image du corps asexuée et idéale ferait office de représentation du féminin sans qu’un travail de liaison pulsionnelle paraisse possible.

Je fais l’hypothèse que les mécanismes de déni dans l’anorexie correspondent essentiellement à un déni des éprouvés pubertaires de l’adolescence qui rendent l’accès à une représentation sexuelle féminine quasiment impossible, le corps féminin étant méconnu dans ses aspirations génitales.

Le corps est ainsi valorisé dans sa fonction narcissique pour préserver son intégrité, signifiant le lien exclusif à la mère préœdipienne et l’incapacité à résoudre les conflits qui permettraient l’acceptation de la féminité.

Nous pourrions donc retrouver spécifiquement un certain nombre de difficultés liées à la perturbation de l’image du corps et notamment :

Des troubles de la représentation et de l’affect qui expliqueraient le recours à la sensation, notamment la sensation de faim et de froid qui est omniprésente pendant l’anorexie.

Je vais essayer de montrer que ces différentes hypothèses peuvent être mises en évidence spécifiquement grâce à la clinique projective.

Ainsi la passation du Rorschach illustre la frontière fragile entre psychose et fonctionnement limite grave où le clivage apparaît comme un recours. Celle du TAT va traduire l’impossible traitement psychique de la perte.

Le Rorschach apparaît donc comme une approche particulièrement adaptée pour mettre en évidence les limites du corps car il permet par son matériel la mise à l’épreuve du dedans et du dehors. Au-delà de la problématique des limites, les notions d’investissement de l’image du corps, d’enveloppe et de pénétration (telles que les ont définies Fisher et Cleveland en 19584) permettraient de saisir la solidité des processus d’individuation et la capacité du sujet à se constituer un espace psychique personnel. Tout en considérant néanmoins comme le précise D. Anzieu que la notion d’image du corps ne saurait se substituer à celle du Moi. Enfin, le test de Rorschach est une épreuve identitaire par la remise en jeu à l’adolescence du conflit œdipien et du processus de séparation. C’est également une épreuve narcissique où la représentation de l’image du corps est mise en avant. Il nous paraît donc particulièrement pertinent pour tester nos hypothèses concernant les mécanismes de défense psychotiques et la représentation sexuelle du corps féminin.

La perception au Rorschach passe par la représentation du corps, et de ce fait l’intégrité corporelle est particulièrement sollicitée. Le Rorschach va s’avérer pertinent dans l’appel à la perception qu’il représente. La différenciation entre la réalité interne et la réalité externe ne sera clairement établie que si le sujet est lui-même différencié par rapport aux objets. Par ailleurs, l’aspect projectif du test va permettre la mise à l’épreuve des mécanismes projectifs et d’investissement de la situation de test.

S’il y a un déni des éprouvés pubertaires de l’adolescence rendant l’accès à une représentation sexuelle féminine presque impossible, le Rorschach va permettre une étude de l’axe narcissique et une traduction des défenses narcissiques du sujet.

La dimension structurale du matériel du Rorschach dans la construction formelle des planches et la dimension sensorielle dans la présence des couleurs vont servir de base à l’analyse des protocoles et il est possible de repérer les aspects saillants de cette analyse dans les protocoles de sujets anorexiques.

Tout d’abord, si comme je l’ai supposé il existe un « état psychotique transitoire », celui-ci doit se retrouver principalement dans les planches faisant appel à la représentation de soi, où la problématique d’identité est particulièrement sollicitée.

Cependant, nous tenons à préciser que l’analyse du Rorschach ne se fait pas uniquement planche par planche mais dans une continuité associative. Il faut ainsi regrouper un certain nombre de facteurs symboliques, par exemple la symbolique en creux de certaines planches (ex II, VII, et IX). De même l’analyse de la représentation de soi doit être associée à l’analyse des représentations de relation pour rendre compte du niveau des identifications (primaires ou secondaires). Enfin, les différentes planches au Rorschach tout en renvoyant à un symbolisme sexuel masculin ou féminin dominant nous permettent de repérer la bisexualité psychique dans la référence qui existe à chaque planche au sexe opposé. Ceci est très utile pour comprendre l’accès à la sexualité féminine.

Le T.A.T

Le Thematic Apperception Test (T.A.T) est un test dans lequel la sollicitation latente des images renverrait aux conflits universels décrits par S. Freud et notamment au complexe d’Œdipe qui sert de référence à l’analyse des différentes planches. Il s’agit d’une épreuve projective à la fois différente et complémentaire du Rorschach, en raison de l’aspect figuratif du matériel.

Les procédés défensifs des sujets sont repérés en reprenant le modèle théorique psychanalytique sur les mécanismes défensifs décrits par S. Freud ainsi que par ceux développés ensuite par A. Freud.  Le T.A.T met ainsi davantage en évidence les représentations de relations dans leur dimension conflictuelle et identificatoire.  Ce sont ces deux derniers aspects qui rendent le TAT particulièrement pertinent.

Le TAT va permettre la mise en évidence du lien entre le percept essentiellement figuratif au TAT et le fantasme. C’est à partir de la qualité du discours que les différents mouvements défensifs vont s’exprimer dans les histoires racontées par les sujets. Cette mise en sens nécessite pour le moi un travail de représentation verbale suffisamment distant de la représentation de choses. Les différents niveaux d’angoisse des sujets seront donnés à voir soit à travers l’angoisse de castration organisatrice de la fantasmatique œdipienne, soit à travers l’angoisse de la perte de l’amour de l’objet, enfin soit à travers des angoisses archaïques (de morcellement, persécutives). La consigne proposée qui est « Imaginez une histoire à partir de la planche » exige un déploiement dans le temps que nous pensons être signifiant de la capacité du sujet à s’inscrire dans une histoire, son histoire. Certaines planches du TAT vont particulièrement solliciter le sujet à cette mise en perspective temporelle.

L’autre aspect concerne la problématique dépressive. La défense devant la dépression va se repérer dans des planches dont le contenu latent sollicite le sujet dans ses affects dépressifs mais aussi dans l’ensemble du protocole, dans sa dynamique et dans les associations verbales hors histoire.

Dans notre perspective, le Rorschach et le T.A.T s’avèrent donc être deux tests complémentaires et nécessaires. Enfin, il nous semble que l’anorexie est une pathologie suffisamment complexe du point de vue de son organisation psychique pour que la mise en rapport des deux tests soit nécessaire à sa compréhension et nous pouvons supposer qu’elle n’est pas suffisamment stable pour que le diagnostic différentiel ne soit pas nécessaire.

3-  L’inscription dans la temporalité

Pendant l’entretien, le récit doit pouvoir s’organiser autour de l’histoire de la maladie avec des repères relativement fiables c’est à dire ceux dans lesquels la différence des générations et donc la notion de filiation paraissent intégrées. Le récit de la vie antérieure doit pouvoir s’articuler avec le récit actuel et correspondre à des dates cohérentes sans confusion ni rupture. Le passé ne doit pas faire obstacle à la construction du récit.

a) Au Rorschach, en dehors des critères quantitatifs du psychogramme, la temporalité peut se définir selon deux pôles, la continuité entre les réponses et celle entre le spontané et l’enquête. La clinique de la passation nous permet d’appréhender le réel du temps de passation, du temps par planche et des temps de latence avant chaque première réponse des dix planches témoignant d’une approche de la notion de temps pour le sujet mais c’est la liaison associative qui permet de rendre compte de l’inscription de la trace dans la psyché.

b) Au T.A.T, la notion de temporalité est primordiale par la consigne « imaginez une histoire à partir de la planche » qui induit implicitement l’idée d’un début et d’une fin, par la succession des planches de façon préétablie, comme au Rorschach, et les associations entre elles qu’elles supposent. Si l’on considère que la notion de continuité dans le temps est garante d’une certaine activité de pensée et d’une certaine inscription psychique, nous serons en mesure de repérer comment elle se situe et là où elle fait éventuellement défaut.

4-  La position dépressive

Nous avons supposé que les anorexiques étaient « organisées » depuis l’enfance dans un fonctionnement d’évitement du conflit. Ceci laisse supposer que l’intégration de la position dépressive ne s’est pas effectuée de manière suffisamment adéquate pour permettre l’accès à l’ambivalence pulsionnelle au sens de M. Klein.

A l’entretien, la question de la dépression peut s’appréhender dans le repérage des mouvements de liaison pulsionnelle qui vont apparaître dans la capacité d’expression des affects et des sentiments. Lorsque la position dépressive a pu s’élaborer, face à la dépression, les sujets seront en mesure de lier celle-ci à une perte, une insuffisance sans que celle-ci les menace dans leur identité. Le discours peut donc être nuancé, soit pour évoquer la maladie et la perte de la vie antérieure qu’elle représente, soit pour évoquer les images parentales ou les pairs. Les mécanismes de clivage de l’objet seront peu fréquents ainsi que le déni. A l’inverse, nous pouvons évaluer les mouvements pulsionnels agressifs ou libidinaux qui attaquent le narcissisme du sujet et les mécanismes d’inhibition qui rigidifient le fonctionnement de façon exagérée.

a) Au Rorschach, il est difficile de trouver des représentations directes de la perte d’objet et nous allons tout d’abord repérer si les mécanismes de lutte anti-dépressive sont dominants afin de mettre en évidence la question de la dépression. Celle-ci peut s’exprimer à travers des défenses maniaques

(exemple un nombre de réponses très important, logorrhée, précipitation, excitabilité) ou à l’inverse à travers une inhibition majeure. Cette inhibition n’est pas névrotique dans le sens d’une simple restriction, c’est l’activité fantasmatique elle-même qui paraît être inexistante. Cependant, lorsque les défenses ne sont pas suffisantes pour masquer la dépression, celle-ci apparaît dans les réponses situées dans le blanc qui se réfèrent au sensoriel ou dans l’hyper sensibilité au gris et au noir.

b) Au T.A.T, nous pouvons considérer que le matériel est particulièrement sensible à la problématique dépressive par le contenu manifeste des planches (en noir et blanc, désuètes) et par le contenu latent de plusieurs planches et pas seulement la planche 3BM qui renvoie directement à la position dépressive. 

5- La sexualité féminine à l’adolescence, représentations et affects

Comme déjà évoqué, l’anorexie pose la question du féminin et de l’adolescence donc celle des identifications sexuelles et de la séparation des objets parentaux. A l’entretien, la question de la sexualité est abordée en lien avec l’objet c’est à dire comme la capacité du sujet à verbaliser des désirs et des émotions et à envisager des relations libidinales.

La problématique de la sexualité à l’adolescence doit être envisagée dans un corps féminin, sans rejet des cycles menstruels ni de la notion de séduction de l’autre. La représentation : « désigne ce que l’on se représente, ce qui forme le contenu concret d’un acte de pensée et en particulier la reproduction d’une perception antérieure ».5 Freud oppose la représentation à l’affect, chacun de ces deux éléments subissant, dans les processus psychiques un sort distinct. Il existe dans les psychonévroses une distinction entre le « quantum d’affect » et la représentation. La séparation de l’affect et de la représentation est au principe du refoulement dans l’hystérie et elle permet de décrire un destin différent pour chacun des éléments.  D’autre part, Freud parle de « représentations inconscientes » dans le sens où la représentation serait ce qui, de l’objet, vient s’inscrire dans les « systèmes mnésiques ».

L’affect : « Terme repris en psychanalyse de la terminologie psychologique allemande et connotant tout état affectif, pénible ou agréable, vague ou qualifié, qu’il se présente sous la forme d’une décharge massive ou comme tonalité générale. Selon Freud, toute pulsion s’exprime dans les deux registres de l’affect et de la représentation. L’affect est l’expression qualitative de la quantité d’énergie pulsionnelle et de ses variations ».6 Nous remarquons d’une part que dans la pulsion, Freud oppose la représentation à l’affect et d’autre part que la notion de « quantum d’affect » implique un détachement de la représentation (affect sans représentation et représentation sans affect) assurant à chacun d’eux des destins différents cependant que l’affect est essentiel dans la genèse des représentations. Comme le souligne C. Chabert « le quantum d’affect est un autre élément du représentant psychique de la pulsion : celui-ci se dissocie en représentant-représentation et représentant affect. Si le représentant –représentation s’éloigne ou disparaît de la conscience, le destin de l’affect a trois issues : la répression de la pulsion (et non plus de l’affect seulement), l’expression d’un affect qualitativement défini, la transposition des énergies psychiques des pulsions en affects et tout particulièrement en angoisse » 7. S’il existe comme nous le supposons dans nos cas, un trouble du lien entre l’affect et la représentation, celui-ci se traduira soit par des mouvements pulsionnels massifs, (une dépendance extrême par rapport aux objets externes, ou des procédures défensives d’isolement ou même de clivage), soit par la répression de la pulsion que l’on retrouve dans l’inhibition.

 Pendant l’entretien, nous serons sensibles dans le discours aux capacités de représentation et à l’expression des affects, leur mise en mot et leur inscription dans l’histoire du sujet. Nous essaierons de repérer si les représentations du sujet utilisent plus particulièrement le corps comme métaphore et traduisent le recours à la sensation plutôt qu’à l’affect. Nous serons aussi attentifs à la relation du sujet avec le clinicien afin de noter les mécanismes soit d’inhibition, soit de débordement excessif des affects.

a)    Au Rorschach, c’est l’analyse du traitement des conflits qui va nous permettre de définir l’axe narcissique et l’axe objectal du sujet à travers les réponses kinesthésiques et les réponses couleur. Classiquement, la couleur serait liée à l’affect et la kinesthésie à la représentation. C’est donc l’analyse détaillée du type de résonance intime (TRI) et de la formule complémentaire (S k / S E) que nous regroupons sous le terme de « pôle sensoriel » et qui vont nous permettre en partie l’analyse des représentations et des affects. Nous y adjoindrons l’analyse des « planches couleur » c’est à dire des « planches rouges » II et III, et des « planches pastel » VIII, IX et X.  Nous regarderons aussi les contenus qui accueillent l’intégration des couleurs ainsi que les formes si elles y sont associées ce qui nous permet de lier la qualité de la représentation avec l’affect. Dans la clinique de la passation, nous serons attentifs aux réactions qualitatives face à la couleur, réactions directes (remarques couleur …) et indirectes (augmentation du temps de latence, chute du nombre des réponses aux planches couleur).

Comme l’écrit W. Kandinsky « la forme seule en tant que représentation de l’objet (réel ou non réel) ou comme délimitation purement abstraite d’un espace, d’une surface, peut exister indépendamment.

La couleur non, car la couleur ne se laisse pas étendre sans limite ».8 Au Rorschach, nous essaierons de repérer la dimension narcissique à travers les différentes identifications humaines sexuées ou non, la présence d’attributs phalliques ou féminins associés, et de réponses symboliques. A l’inverse, l’existence de réponses anatomiques, de réponses sexuelles ou orales, pourra mettre en évidence la difficulté d’accès à la sexualité féminine.

b) Au T.A.T, plus encore qu’au Rorschach, nous nous attacherons à définir le mode de construction des récits et les liens ou les écarts entre affects et représentations. Le matériel figuratif du T.A.T va nous permettre de repérer les capacités d’élaboration des conflits et chaque planche peut être considérée comme sujette à l’expression d’affects. Dans notre hypothèse, un recours aux sensations plutôt qu’aux affects serait repérable dans les procédés d’investissement narcissique et les procédés d’instabilité des limites qui seraient très présents avec parfois un recours aux procédés traduisant l’altération de la perception.

Illustration : Le cas de Colombe, jeune fille anorexique de 16 ans

Lorsque je rencontre Colombe je suis frappée par son regard qui me « dévore » littéralement.

Elle est hospitalisée en psychiatrie pour anorexie mentale depuis quatre mois et a atteint le poids de levée d’isolement depuis trois semaines. Elle pèse 37 kg pour 1m 54 et son poids de sortie a été fixé à 39 kg. Elle se trouve grosse à ce poids et dit qu’elle « se voit mal » elle-même. C’est sa deuxième hospitalisation dans le service.  Lors de la première hospitalisation un an auparavant, Colombe était sortie contre avis médical à 37 kg et était rentrée chez elle après cinq mois passés à l’hôpital. Colombe a très vite reperdu du poids et a dû revenir il y a quatre mois alors qu’elle pesait 29kg 700. Quand elle est retombée malade elle était scolarisée en 1ère littéraire depuis un mois chez des amis à l’étranger à sa demande. Elle avait décidé de partir de chez elle après la première hospitalisation pour devenir autonome et « oublier l’anorexie ». Elle avait choisi d’aller vivre chez des amis de ses parents qui ont une fille de son âge. Elle s’est sentie vite « abandonnée » et n’arrivait plus à s’entendre avec son amie. Elle a donc recommencé à ne plus rien manger à table jusqu’à ce que sa mère vienne la chercher en urgence. Colombe dit alors qu’elle voulait « tester l’amour de sa mère » qui a dû laisser tomber son travail pour elle, surtout « qu’elle est orthophoniste et qu’elle soigne les autres enfants ».

Colombe dit être anorexique depuis l’âge de 14 ans et n’a jamais fait de crises de boulimie ni de vomissements. Elle présente une aménorrhée primaire et ne se plaint pas de l’absence de ses règles. Elle présente un aspect physique « asexué » avec des cheveux coupés très court, a un air sombre et parait assez réticente à toute expression spontanée dans un premier temps. Cependant, elle va se montrer petit à petit loquace, contente de parler d’elle, de sa famille et surtout de sa maladie. Deux points sont frappants, le premier est le flou des dates dans un discours qui par ailleurs est très structuré et le deuxième est son déni de sa maigreur. Colombe en effet dit souvent ne plus se souvenir de ce qui s’est passé avant l’anorexie, elle se trompe dans les dates d’hospitalisation, de sa scolarité. En fonction des nombreux déménagements de sa famille, elle est partie vivre à l’étranger quand elle était petite mais elle n’arrive pas à avoir de repères temporels. Elle parle de sa famille de façon très idéalisée « j’ai l’impression d’avoir des parents parfaits » sauf pour évoquer la dernière hospitalisation décidée par eux parce qu’ils la trouvaient déprimée et ne supportaient pas qu’elle soit loin d’eux à l’étranger. Colombe a l’impression que c’est la première fois qu’elle s’est disputée avec eux parce qu’elle ne voulait pas retourner à l’hôpital. Elle ne semble pas regretter la scolarité interrompue surtout qu’à l’étranger – dans un pays européen où elle avait vécu petite avec ses parents- elle se sentait « trop triste sans eux » et perdait du poids. Après le début de l’anorexie, Colombe a commencé une psychothérapie mais elle se plaint de ne pas pouvoir parler vraiment avec sa thérapeute. Dans l’ensemble Colombe se plaint beaucoup : des autres patients, de l’hôpital, en particulier des autres anorexiques qui ne parlent que de nourriture, du contrat de poids… Elle trouve d’ailleurs celui-ci trop élevé. Elle se plaint également de ses grandes sœurs jumelles âgées de 19 ans, dont elle dit qu’elles se sont liguées contre elle à partir de l’âge de huit ans. Nous remarquons que son discours devient alors confus presque désorganisé quand elle parle des autres adolescents de son âge ou de ses sœurs. Colombe dit qu’elle a souvent du mal à rester avec les autres qui la jugent et qu’elle doit s’en méfier.

Elle peut difficilement parler du début de l’anorexie, « j’étais en Angleterre et j’avais perdu 5 kg en un an, je ne parlais plus à personne et je restais toujours seule même à la maison ». Elle parle beaucoup plus volontiers des hospitalisations et de sa « phobie de grossir », de sa difficulté à manger au réfectoire avec les autres, notamment à manger de la graisse. Lors de la première hospitalisation Colombe dit qu’elle a eu l’impression de « se gaver » et d’avoir à toujours grossir dans un fantasme de non limite de poids, « comme un ballon qu’on gonfle ». Le dernier point de cet entretien que nous voudrions rapporter c’est la représentation du corps que donne Colombe de son propre corps « gonflé comme un ballon », mais aussi du corps des autres, en l’occurrence de ses sœurs jumelles. Colombe dit d’elles que lorsqu’elles sont nées, elles avaient « le placenta déchiqueté » parce qu’elles étaient jumelles.  Actuellement elle trouve qu’elles ont un corps parfait et qu’elles se moquent d’elle parce qu’elle est trop grosse. Colombe pense d’ailleurs que c’est l’origine de leurs moqueries quand elle avait 8 ans.

Au fur et à mesure de l’entretien, le discours de Colombe est difficile à suivre et elle « perd le fil » de ce qu’elle disait et paraît être ailleurs. En fin d’entretien au moment où nous lui rappelons la passation des tests, Colombe se récupère et paraît satisfaite de ne pas avoir à quitter le bureau tout de suite. En fait « je pensais que c’était déjà fini trop vite » ce qui montre un investissement de la relation qui parait démesuré par rapport à la situation d’entretien.

Nous allons maintenant proposer une analyse du Rorschach de Colombe en nous centrant plus particulièrement sur la perception des limites du corps, la place des affects dépressifs et la question de la sexualité féminine.

Lors de la passation du Rorschach, Colombe est plus réticente que pendant l’entretien : elle soupire souvent avant chaque planche et nous avons l’impression qu’elle souhaite finir au plus vite contrairement à l’entretien. Elle fait de nombreux commentaires à la fin des planches comme par exemple planche I « je peux passer à la suivante » ?

Les modalités de pensée sont bien investies et Colombe ne présente pas de difficultés d’adaptation à la réalité externe : exemple à la planche III « je vois deux femmes debout autour d’une marmite, on voit la poitrine, les fesses et les pieds, avec les talons. Elles sont en train de faire la cuisine et on dirait plutôt des noires, des africaines. Elles sont autour d’un chaudron ». 

L’angoisse est importante, on la retrouve dans la réponse de la planche VI « un masque africain mais les grands masques qu’on met pendant les fêtes pour célébrer la mort de quelqu’un ou le mariage, c’est bizarre parce qu’il n’y a pas d’yeux » ou dans des contenus tels que « la tête d’un dragon » planche IV. Cependant elle reste relativement contrôlée et n’attaque pas les processus de pensée.

Le traitement des conflits va permettre de repérer la qualité de la représentation de soi. L’association entre réponse kinesthésique et oralité bien que courante à la planche III se retrouve chez Colombe à d’autres planches : exemple à la planche II, Colombe donne une réponse à l’enquête associant contenant et contenu « une espèce de tajine en blanc au milieu, un récipient à tajine » interprétation du blanc en creux qu’elle peut remplir de nourriture ou bien à la planche IX  toujours dans le blanc, « je vois un trognon de pomme au milieu et à l’enquête au même endroit un espèce de violon ». A la planche X « je vois des scarabées avec une tache de sang pour montrer que c’est de là qu’ils se nourrissent ». Le passage du reste de la pomme de la planche IX au scarabée qui « pompe le sang » souligne l’importance de l’aliment associé à la planche X à l’intérieur du corps (sang).

Les processus d’identification nous montrent que les représentations humaines très nombreuses sont souvent non sexuées et partielles en dehors de la planche III où Colombe donne « deux femmes ». A la planche II « des visages qui se regardent dans le rouge de profil », ou à la planche IV des représentations humaines dévitalisées « une sorte de robot extra-terrestre ». Cependant, l’identification sexuée est possible car la réponse peut se construire secondairement : exemple planche VII « deux visages qui se regardent avec une queue de cheval qui monte en l’air. Deux jeunes filles ou une qui se regarde dans la glace ou dans l’eau, son reflet ».  Le passage par la représentation partielle phallique visage- queue de cheval en l’air et l’étayage par le regard permettent la représentation féminine. La mise en relation est annulée pour une réponse féminine narcissique (reflet). La réactivité aux couleurs est importante au rouge à la planche II et aux couleurs de la planche IX, montrant la dimension pulsionnelle que Colombe n’arrive pas à toujours à contrôler. Exemple planche IX « y’aurait peut- être comme la sortie d’un volcan avec la lave qui monte au milieu et les différentes couleurs de la lave ça gicle en haut, ça ne gicle pas en bas, l’explosion est en haut le plus orange ». L’appui sur le percept est envahi par la réactivité à la couleur, la réponse devient alors sans limite bien qu’il y ait une tentative de clivage pour circonscrire la pulsion, la connotation sexuelle étant déplacée sur le haut. C’est à cette même planche que Colombe voit le trognon de pomme à l’enquête qui témoigne d’une association entre l’interne « explosif » et l’oralité qu’elle voit dans le blanc. Elle poursuit par une réponse plus élaborée au niveau de la symbolique féminine « au même endroit, un violon ». La difficulté à poser des limites se retrouve aussi à la planche X dans laquelle l’angoisse de dévoration est perceptible « des scarabées avec une tache de sang pour montrer que c’est de là qu’ils se nourrissent ». Les trois réponses couleur se situent en référence au rouge (la lave, le sang) et sont des réponses pulsionnelles archaïques.

La sensibilité dépressive est vécue sur un mode narcissique sans qu’il y ait de verbalisation de la tristesse possible. L’ensemble du protocole témoigne de réponses archaïques ou l’angoisse de perte est associée souvent à la problématique du regard qui passe d’abord par une perception corporelle, le visage devient l’œil qui regarde dans une perception d’objet partiel peu structurante. La question du « mauvais objet » kleinien se pose dans les réponses humaines partielles faisant intervenir le regard ou les yeux.  Exemple planche IV « une sorte de robot extra-terrestre, en bas la tête d’un dragon. Le robot, tout sauf la tête du dragon avec le visage tout petit et un œil ici » suivie par une réponse à la planche VI de dénégation « ça me fait penser à un masque africain, mais les grands masques qu’on met pendant les fêtes pour célébrer la mort de quelqu’un ou le mariage, c’est bizarre parce qu’il n’a pas d’yeux ». La réponse ne permet pas de protéger de la confusion dans le temps (la mort ou le mariage) associée à la perception du corps angoissante (sans yeux). Regard à la fois tourné vers l’extérieur et vers l’intérieur qui signe la confusion des limites.

Dans l’ensemble du protocole de Rorschach la problématique est d’ordre narcissique mais les défenses souvent archaïques posent la question du clivage et du déni de la représentation du corps en tant qu’objet total. La problématique dépressive est centrale mais peu élaborée.

Au TAT, la planche 1 de Colombe est représentative de l’ensemble du fonctionnement : un récit inhibé où la recherche d’étayage par le regard ne permet pas une élaboration.

Nous allons maintenant nous attacher à une analyse des procédés prévalents de la position dépressive. Le TAT de Colombe est riche et ses récits sont comme au Rorschach assez développés. La majorité des procédés traduit l’évitement du conflit et sont des procédés spécifiquement narcissiques ou d’instabilité des limites.

La planche 3BM traduit un sentiment de déperdition narcissique massive sans lien avec l’absence ou la perte d’un objet. « Là c’est une adolescente qui est complètement dépressive et fatiguée, un peu comme moi, et elle sait pas quoi faire et elle attend et à côté d’elle y’a un couteau ou une lame de rasoir. Elle vient de faire une TS et elle attend que ça coule, elle regarde son bras qui verse du sang ». La reconnaissance de la dépression passe par la traduction corporelle et la référence personnelle qui suit, enlise le récit dans un remâchage qui ne permet pas d’éviter la représentation massive de la tentative de suicide. La fin de l’histoire fait intervenir à la fois la mise en cause des limites, le regard et une position inversée du contenant par rapport au contenu puisque c’est le bras qui est dans une position active par rapport au sang, soulignant à nouveau la difficulté du lien entre externe et interne sur le plan corporel, entre la représentation partielle et le tout. Cette difficulté d’expression des affects dépressifs se retrouve tout au long du protocole de Colombe et les récits s’organisent la plupart du temps autour de la problématique narcissique du regard.

En ce qui concerne les représentations féminines, Colombe peut mettre en place des identifications féminines mais celles-ci ont toujours besoin d’un étayage par le regard. Exemple planche 7GF « ça c’est une mère et sa fille et ses filles plutôt : la mère, elle est en train de lire une histoire à sa plus grande fille et la fille elle porte sa petite sœur comme si c’était une poupée et elle guette la porte pour voir s’il y a quelqu’un qui rentre ».

Conclusion

Pour conclure, l’ensemble du protocole de Colombe témoigne soit de décharge pulsionnelle mortifère soit d’une recherche d’étayage qui ne laisse pas la possibilité d’aménager un espace de pensée autonome. La dernière planche 16 en est un exemple significatif « y’a un goéland qui tourne en rond dans le ciel et tout à coup il s’arrête pour aller chercher un bébé goéland qui arrive pas voler et il le prend sur son dos et le bébé goéland c’est moi ». Terminer son récit au TAT par une référence personnelle témoigne sans doute pour Colombe de son impuissance et de sa dépendance régressive et dans le même temps de son investissement possible de la relation au clinicien.

Comprendre la difficulté de symbolisation de Colombe et sa nécessité d’être portée constamment par le regard de l’autre nous permet de penser le deuil impossible de l’idéalisation infantile. On pourrait tenter de resituer les relations du contenant (capacité de rêver) avec le contenu (les pensées inconscientes provenant de l’expérience émotionnelle) sans que l’un porte préjudice à l’autre telles que Bion l’a proposé. Pour lui la croissance du contenu se manifeste par la qualité des pensées et des sentiments que l’on parvient à tirer de son expérience émotionnelle c’est-à-dire la capacité d’être dans l’incertitude, les doutes sans aspirations au fait et à la raison. Colombe se situe dans le tout savoir pour surtout ne pas connaître. On apprend par le moi conscient, pour savoir il s’agit de l’Idéal du Moi. Pour connaître, il faut supporter l’approximation et tolérer le non savoir. Il faut être tourné vers l’autre. Écouter l’autre, c’est accepté d’être pénétré par l’autre.

Hannah Arendt écrit que « c’est en découvrant la joie de la dépendance qu’elle a pu mesurer l’importance de l’autonomie. Comment peut -on être à la fois autonome et dépendant ? On ne devient libre qu’en acceptant la dépendance. Car on accepte alors cette part de fragilité qui est en nous. On admet alors de ne pas « tout avoir » et de ne pas « être tout ». On comprend que l’autre a quelque chose que nous n’avons pas, qu’il est « quelque chose » que nous ne sommes pas ».

C’est sans doute ce qui fait défaut à Colombe de même que sa capacité d’intégration de la position dépressive au sens winnicottien du terme.

Pour Robert Antelme qui cite Maurice Blanchot « Quand l’homme en est réduit à l’extrême dénuement du besoin, quand il devient celui qui « mange les épluchures », l’on s’aperçoit qu’il est réduit à lui-même… il faut ajouter que le besoin alors change, qu’il se radicalise au sens propre, qu’il n’est plus qu’un besoin aride, sans jouissance, sans contenu, qu’il est rapport nu à la vie nue et que le pain que l’on mange répond immédiatement à l’exigence du besoin, de même que le besoin est immédiatement le besoin de vivre »9.  Levinas a montré que le besoin était toujours en même temps jouissance, c’est-à-dire qu’en mangeant je ne me nourris pas seulement pour vivre, je jouis déjà de la vie, m’affirmant moi-même, m’identifiant à moi dans cette première jouissance.

Bibliographie

Antelme R. (2000), L’espèce humaine, Tel, Gallimard, Paris.

Bergeret J. (1975), La dépression et les états limites. Payot, Paris.

Chabert C. (1997), Le Rorschach en clinique adulte, interprétation psychanalytique, Dunod, Paris.

Corcos M. (2000), Le corps absent, approche psychosomatique des troubles des conduites alimentaires, Dunod, Paris.

Fisher S. et Cleveland S.E (1958), Body Images and Personality. Princeton, Van Nostrand, New York.

Jeammet Ph. (1985), Violence et identité à l’adolescence. Cahiers de l’I.P.C.

Kandinsky W. (1989), Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier. Folio essais.

Laplanche J. et Pontalis J.B. (1978), Vocabulaire de la psychanalyse. PUF, Paris.

Geneviève Bréchon

Maitre de Conférence en Psychologie clinique

Université François Rabelais, tours

Psychologue clinicienne, psychothérapeute familiale